Le décès d'une personnalité : un deuil pas comme les autres (suite)
Le choc de la mort
Fortes de leur ascendant et de leur rayonnement, les personnes célèbres ont quelque chose de désincarné, d'irréel. Cette aura leur procure un charme incantatoire. Il n'est donc pas étonnant qu'à leur mort, les sentiments de ceux qui restent soient exacerbés. Dans les heures, les jours qui suivent le décès de ces personnalités, la réaction première de la communauté est souvent de vouloir les «retenir» auprès d'elle, de ne pas les considérer comme tout à fait mortes, comme s'il subsistait la possibilité que la nouvelle soit fausse, qu'il s'agisse d'une erreur. En d'autres termes, on ne veut pas y croire. C'est comme si leur existence échappait au temps, aux vicissitudes de la vie, et donc à la mort. Mais avec le temps, on prend conscience de la réalité : oui, la mort a bel et bien frappé, nul n'échappe à cette fatalité.
Quand meurt un être en qui se projette une partie de la collectivité, c'est tout un pan de cette dernière qui vacille. Le fait d'avoir placé en cette personne certains de ses plus grands espoirs, d'avoir fait d'elle le relais de ses aspirations les plus profondes, ébranle tout ce qui avait été construit autour d'elle. Et si cette personne était le porte-flambeau d'un projet de société, on peut même avoir l'impression que ce projet meurt avec elle. C'est ce qui s'est produit pour nombre de Québécoises et de Québécois lors du décès de René Lévesque : on pleure non seulement ce que la personne a été, mais aussi ce qu'elle n'a pas eu le temps de devenir, et nous avec elle.
Il arrive fréquemment que le décès d'une personnalité fasse ressurgir chez les gens ordinaires des sentiments ambigus : on se sent coupable de ne pas l'avoir comprise ou aimée suffisamment, d'avoir entretenu à son endroit une attitude ambivalente. Ce sentiment de culpabilité était manifeste à la mort de Lady Di, une mort provoquée par le désir que ses admirateurs avaient de la voir. De cet état où l'amour et l'agressivité se côtoient, il peut résulter une culpabilité angoissante, qu'on essaie de calmer par les hommages rendus au défunt.
Source: Entrevue avec Luce Des Aulniers, anthropologue, professeur au Département des communications et au Centre d'études sur la mort, Université du Québec à Montréal.
Fortes de leur ascendant et de leur rayonnement, les personnes célèbres ont quelque chose de désincarné, d'irréel. Cette aura leur procure un charme incantatoire. Il n'est donc pas étonnant qu'à leur mort, les sentiments de ceux qui restent soient exacerbés. Dans les heures, les jours qui suivent le décès de ces personnalités, la réaction première de la communauté est souvent de vouloir les «retenir» auprès d'elle, de ne pas les considérer comme tout à fait mortes, comme s'il subsistait la possibilité que la nouvelle soit fausse, qu'il s'agisse d'une erreur. En d'autres termes, on ne veut pas y croire. C'est comme si leur existence échappait au temps, aux vicissitudes de la vie, et donc à la mort. Mais avec le temps, on prend conscience de la réalité : oui, la mort a bel et bien frappé, nul n'échappe à cette fatalité.
Quand meurt un être en qui se projette une partie de la collectivité, c'est tout un pan de cette dernière qui vacille. Le fait d'avoir placé en cette personne certains de ses plus grands espoirs, d'avoir fait d'elle le relais de ses aspirations les plus profondes, ébranle tout ce qui avait été construit autour d'elle. Et si cette personne était le porte-flambeau d'un projet de société, on peut même avoir l'impression que ce projet meurt avec elle. C'est ce qui s'est produit pour nombre de Québécoises et de Québécois lors du décès de René Lévesque : on pleure non seulement ce que la personne a été, mais aussi ce qu'elle n'a pas eu le temps de devenir, et nous avec elle.
Il arrive fréquemment que le décès d'une personnalité fasse ressurgir chez les gens ordinaires des sentiments ambigus : on se sent coupable de ne pas l'avoir comprise ou aimée suffisamment, d'avoir entretenu à son endroit une attitude ambivalente. Ce sentiment de culpabilité était manifeste à la mort de Lady Di, une mort provoquée par le désir que ses admirateurs avaient de la voir. De cet état où l'amour et l'agressivité se côtoient, il peut résulter une culpabilité angoissante, qu'on essaie de calmer par les hommages rendus au défunt.
Source: Entrevue avec Luce Des Aulniers, anthropologue, professeur au Département des communications et au Centre d'études sur la mort, Université du Québec à Montréal.
