La tradition juive ashkénaze héritage de Juifs hors Israël (suite)
Il existe donc des différences de pratique au sein même de la communauté ashkénaze. Par exemple, chez les orthodoxes, les femmes ne peuvent pas s'asseoir avec les hommes dans la synagogue, tandis que les trois autres écoles le permettent généralement. Autre exemple : chez les Ashkénazes orthodoxes, seuls les hommes peuvent réciter les prières comme le Kaddish au cimetière. Chez les conservateurs, il faut un quorum de dix hommes, mais les femmes peuvent participer, tandis que chez les réformistes et les reconstructivistes, hommes et femmes peuvent constituer le quorum nécessaire.

Rites prescrits
Les principales différences entre les traditions funéraires séfarades et ashkénazes relèvent surtout des manifestations de deuil plutôt que des rituels funéraires, puisque les rituels sont prescrits par la Loi et ne peuvent pas être changés [voir: La tradition juive séfarade] . Les Ashkénazes du Québec sont d'ailleurs très stricts à cet égard. Pour avoir droit à un enterrement traditionnel juif, il faut absolument que tous les rites préliminaires aient été accomplis: la Shmoerah (la veille auprès du corps jusqu'à l'enterrement), le Taharah (lavage et purification du corps), ainsi que l'habillement du corps avec le Tachrichim (un vêtement blanc).

Par ailleurs, il n'existe pas de Hevra Kadisha organisée chez les Ashkénazes. Si, il y a cent ans, les services funéraires étaient accomplis bénévolement, l'importance de la communauté ashkénaze a fait de cet office un travail à temps plein, ce qui justifiait la création d'une entreprise funéraire offrant ses services contre rémunération. Bien sûr, les membres indigents de la communauté, environ 20%, reçoivent les mêmes services gratuitement, puisqu'il s'agit de la plus grande Mitzvah (bonne action) qu'un Juif puisse accomplir en ce bas monde.

Les manifestations de deuil
Les manifestations de deuil, contrairement aux rituels, sont moins strictement réglementées, ce qui explique l'apparition de différences - dues à l'adaptation - entre les communautés juives. La période de la Shiva, les sept jours de grand deuil qui suivent l'enterrement, est strictement observée par les Ashkénazes. L'usage de la chaise de Shiva (très basse et dure) est assez courant et sert à s'assurer qu'aucun plaisir n'est possible durant cette période. Par contre, l'interdiction de manger de la viande ou de boire du vin et de l'alcool cesse avec la fin de l'Onan, c'est-à-dire après l'enterrement, et le début de la Shiva.

Chez les Ashkénazes, la famille immédiate du défunt se rend à la maison de veille et ne peut en sortir durant toute la période de la Shiva. Ceci est strictement observé par les orthodoxes, mais chez les autres Ashkénazes, les membres de la famille qui ne résident pas normalement dans cette maison peuvent retourner dormir chez eux le soir. De même, pour les conservateurs, le port de la cravate coupée suffit à marquer le deuil tandis que les orthodoxes déchirent leurs vêtements à l'annonce du décès.

Le Seoudah, repas commémoratif des Ashkénazes, est constitué uniquement de pain en couronnes et d'œufs durs. Il est offert après l'enterrement plutôt qu'à la fin de la Shiva comme c'est le cas chez les Séfarades. Quant à la tradition relative à l'installation de la pierre tombale, elle est très proche de la pratique séfarade: si la stèle n'est pas dévoilée à la fin des Shloshim, au trentième jour après le décès, elle doit l'être entre ce moment et le premier anniversaire du décès (Yahrzeit).

Pour finir, il est important de souligner que la communauté ashkénaze du Québec est l'une des plus traditionnelles qui soient. Ceci est parfaitement illustré par le fait qu'aux États-Unis, les femmes ashkénazes, à l'exception des orthodoxes, peuvent devenir rabbin — ce qui n'est pas le cas au Québec.

Par Marie-Andrée Dionne (1993), mis à jour par Huguette Giard (1999).
Source: M. Laurence Paperman, Paperman & Sons, directeur de funérailles.