La tradition haïtienne marquée par le vaudou (suite)
En Haïti, le corps est déposé dans la maison du défunt, devant laquelle on installe une bannière noire avec une croix blanche au centre. Cette pratique n'a pas cours dans le milieu urbain montréalais. Comme dans plusieurs autres traditions, l'intensité des cris et des pleurs exprime l'intensité du deuil, quoique les veillées funèbres soient l'occasion de réunions de familles où les réjouissances ne sont pas exclues. On y boit un verre à la santé du mort qui est maintenant « dans les bras de Dieu » et qui repose au royaume Ise, que la tradition situe sous la mer, aux alentours du triangle des Bermudes.

Contrairement à la coutume québécoise, le décès d'une personne est l'occasion d'exposer publiquement ses défauts et manquements tout autant que ses qualités. Cette fonction est exercée par un intime du défunt.

Le lieu de sépulture est généralement déterminé par l'aîné(e) de la famille, qui aura à choisir entre Haïti et Montréal. Souvent, on préfère Montréal parce qu'il est plus facile d'y retrouver, dans un cimetière, l'endroit où le défunt a été inhumé. En effet, les Haïtiens se rendent sur la tombe de leurs disparus au moins à chaque année, ce qui est, une fois de plus, l'occasion de réunions de famille. Pour cette raison, ils apprécient que les cimetières leur réservent des espaces non pas par esprit de ségrégation, mais plutôt parce que cette concentration favorise la rencontre fortuite de compatriotes ou de membres de la parenté, lors de ces visites annuelles.

Chaque année, au début de novembre, les Haïtiens vont dans les cérémonies en l'honneur des Guédés. Les loas Guédés, ces esprits des défunts reflétant autant la mort et la décomposition que la procréation et la vie, descendent alors parmi les hommes durant deux jours. À cette occasion, chaque loas prend possession d'une femme ou d'un homme, ce qui, dépendant de ce qu'il était dans la société des humains, peut parfois donner lieu à des scènes de règlement de compte. Les cérémonies Guédés constituent une sorte de bravade face à la Mort.

Aspect peu connu de cette tradition, les Haïtiens croient que les morts restent proches de nous et continuent de nous accompagner dans notre quotidien. Il n'est d'ailleurs pas rare d'entendre une personne âgée parler de ses parents comme s'ils vivaient encore.

Par Agnès Baume (1992), mis à jour par Hugette Giard (1997).
Source: M. Philippe Fils-Aimé, Centre de Communication des Noirs du Québec inc.