La tradition juive séfarade d'origine méditérranéenne, très souvent marocaine (suite)
Hevra Kadisha
Dans la plupart des communautés juives du monde, y compris la Communauté séfarade du Québec, on retrouve une association dont les membres assistent les mourants, veillent puis préparent les corps en vue du processus funéraire et de l'inhumation, et enfin soutiennent et réconfortent les familles endeuillées. Cette association, appelée Service du dernier devoir ou sainte Confrérie du dernier devoir, mais le plus souvent Hevra Kadisha, tire sa raison d'être de la tradition juive qui enseigne le respect des morts et recommande de leur procurer une sépulture décente, même dans les cas de suicidés ou de suppliciés.

Au Québec, la structure organisationnelle de la Hevra Kadisha est largement inspirée de celle que l'on retrouve au Maroc. Elle compte donc une équipe de veilleurs et une équipe de Rohassim (Rohassot pour les femmes) mais, à la différence du Maroc, on n'y retrouve pas de fossoyeurs (Kovrim) parce que pour cela, la communauté séfarade du Québec aurait dû posséder son propre cimetière.

Assistance au mourant
Quand une personne malade en est à l'agonie, un veilleur membre de la Hevra Kadisha est appelé à son chevet pour l'assister jusqu'à l'instant suprême et veiller son cadavre après le décès. À partir du moment où un veilleur prend place auprès d'un mourant, celui-ci ne sera jamais laissé seul jusqu'à son trépas, qu'il survienne en quelques heures ou en quelques jours: au besoin, plusieurs veilleurs se relaieront. Le veilleur procède ensuite à la lecture du Shema, par lequel l'âme du défunt retourne à Dieu. Évidemment, cette période de veille n'a pas cours si le décès survient accidentellement.

Purification
Au salon funéraire, le corps est pris en charge par les Rohassim s'il s'agit de la dépouille d'un homme ou par les Rohassot s'il s'agit de celle d'une femme - ce sont des personnes du sexe du mort qui procéderont au service de la Rehissa consistant en quelque sorte à la préparation du corps au dernier repos.

Le corps est d'abord soigneusement lavé à l'eau et au savon puis aspergé plusieurs fois en signe de purification. Au préalable, les ongles auront été nettoyés et le corps vidé de ses sécrétions, mais celui-ci ne sera pas embaumé car la tradition veut que le corps soit «intact» au moment de l'enterrement.

Cela fait, la dépouille sera recouverte d'un vêtement blanc rudimentaire cousu à la main et confectionné dans un tissu de fibre naturelle comme du lin ou du coton. Lorsque la dépouille en est revêtue, elle est enroulée dans un drap du même tissu de façon à ce qu'aucune partie du corps ne demeure visible. Le linceul est identique, quelle que soit la provenance sociale de la personne décédée, marquant ainsi l'égalité de chacun devant la mort.

Les Séfarades du Maroc portent leurs morts en terre dans leur simple linceul. Cependant, comme la Loi canadienne stipule que l'inhumation des dépouilles doit se faire dans un cercueil, les corps sont placés dans une bière de bois très sobre. Cela fait, la personne disparue ne sera plus jamais ni vue ni touchée par quiconque. En effet, comme on veut préserver la valeur spirituelle de la purification et que l'on n'estime pas souhaitable que les vivants voient le visage de la mort, la coutume consistant à exposer les morts n'a pas cours chez les Juifs.

Pendant toute la cérémonie de purification des dépouilles, les Rohassim ou Rohassot récitent les prières d'usage. Le cercueil est ensuite amené directement dans la salle où les obsèques se dérouleront.

Obsèques et enterrement
C'est le rabbin qui préside aux obsèques en récitant les prières et en lisant les psaumes dédiés aux funérailles, qui sont l'occasion de parler du disparu et de sa vie dans un éloge funèbre appelé Hesped. Les fleurs et la musique, symboles de réjouissances, n'ont pas leur place dans un service funéraire juif : seuls les textes et les paroles comptent... Et une fois que tout est dit, le cortège funèbre est immédiatement formé pour se diriger vers le cimetière où le fils de la personne disparue récitera une prière d'adieu et où l'on procédera à l'enterrement, l'incinération étant exclue des coutumes.

[ Rites à observer pendant les périodes de deuil ]
[ Rites à observer après les périodes de deuil ]

Par Huguette Giard (1994).
Source: M. Salomon Benbaruk, président de la Hevra Kadisha et gouverneur de la communauté séfarade du Québec.