La tradition des protestants de l’église Unie axée sur le réconfort des endeuillés (suite)
L'Église Unie du Canada
L'Église Unie compte 900 000 adhérents au Canada dont 30 000 au Québec, ce qui en fait la communauté protestante qui compte le plus d'adeptes, tant au pays que dans la province. Les protestants sont présents ici depuis le milieu du XVIIIe siècle. L'Église Unie du Canada, qui a vu le jour en 1925, est issue du regroupement des méthodistes, des presbytériens et des congrégationalistes, des communautés d'origine anglaise et écossaise, mais implantées un peu partout en Europe à cette époque. Aujourd'hui, au sein de l'Église Unie, des fidèles asiatiques, africains et autochtones côtoient ceux d'origine européenne.

Créée dans les années 1920, cette Église prône des valeurs constituant le reflet de l'époque. Par exemple, l'alcool n'étant pas recommandé, le vin est remplacé par du jus de raisin lors de la communion qui, incidemment, se fait sous les deux espèces. Les jeux de hasard, parce qu'ils ne concourent d'aucune façon à la spiritualité, sont également découragés.

La philosophie derrière les rituels
L'importance accordée à l'égalité de tous devant Dieu et devant l'Église a façonné une Église Unie démocratique, tolérante et libérale. Par exemple, l'ordination des femmes, qui soulève encore bien des discussions dans d'autres Églises, a été acquise dès 1925 pour les fidèles de l'Église Unie. Par ailleurs, comme les relations entre la religion et la conduite de l'homme sont au cœur de la morale protestante, il n'est pas étonnant de constater que les gens se regroupent souvent naturellement au sein d'une Église protestante selon la classe sociale à laquelle ils appartiennent.

Toutefois, même si les adeptes de l'Église Unie sont en majorité des représentants de la classe moyenne, on n'y fait pas de distinctions liées à la condition sociale et on y retrouve des adhérents issus de tous les milieux. Ainsi verra-t-on souvent les représentants de cette Église appuyer les travailleurs dont ils jugent les demandes bien fondées ou encore, participer à des mouvements communautaires ou coopératifs.

C'est en gardant en mémoire cette philosophie de l'égalité de chacun et de la compassion pour les autres qu'il faut aborder la question des traditions funéraires chez les protestants de l'Église Unie, des traditions qui sont basées sur une pratique visant à remettre le défunt à Dieu et à réconforter les endeuillés. Si certains rituels sont proposés par l'Église, ils ne sont jamais imposés. Aussi faut-il comprendre que les rituels décrits ci-après correspondent à la pratique généralement observée chez une majorité de fidèles, pratique qui peut différer selon les communautés et même selon les familles, puisqu'il n'existe pas de recette universelle pour réconforter les endeuillés.

La visite au mourant
Chez les protestants, il n'y a pas de sacrement particulier administré au mourant. Cependant, une visite du pasteur fait partie des traditions. Considérant qu'un représentant de l'Église doit se trouver auprès des gens qui traversent cette épreuve, le pasteur arrêtera toute autre activité pour se rendre au chevet d'un mourant. Les prières et les Écritures peuvent alors revêtir une importance significative, mais la raison d'être de la visite est d'écouter le mourant et ses proches et de mettre en lumière les ressources spirituelles dont ils disposent pour faire face à cet état de transition que constitue un décès imminent. Ainsi, le ministère du pasteur commence avant le décès et se poursuit bien après les funérailles.

Avant les funérailles
Entre le moment du décès et celui des funérailles, l'Église Unie ne propose pas de rite particulier à ses fidèles. Toutefois, quelques fidèles sont membres de certaines organisations ou sociétés - maçons, « Eastern Stars », « Old Fellows » ou anciens combattants - lesquelles procèdent, parallèlement à l'Église, à des cérémonies commémoratives qui se déroulent généralement le soir précédant les funérailles. Quant aux proches, ils se réserveront souvent un moment d'intimité familiale auprès du défunt, avant que le cercueil ne soit définitivement fermé pour les funérailles.

À la résidence funéraire, des photos de la personne décédée peuvent être disposées près du cercueil, qui est de plus en plus souvent fermé, mais que la famille peut décider de laisser ouvert. Bien qu'aucune règle ne soit prescrite par l'Église à ce sujet, un délai de trois jours s'écoule normalement entre le décès et la mise en terre : il s'agit de la période de transition qui, à l'expérience, est jugée nécessaire aux proches pour affronter la vie après le décès d'un des leurs.

Les funérailles
Selon les souhaits des proches, le service funèbre se déroule soit à la résidence funéraire, soit à l'église. Pendant la cérémonie, le cercueil est toujours fermé. Le salut, la résurrection et le réconfort des endeuillés constituent les thèmes centraux des textes bibliques, des prières et des cantiques suggérés par l'Église aux officiants des funérailles : c'est une façon de rendre grâce à Dieu pour la vie qui, dans les circonstances, revêt une signification toute particulière.

Dans un service funèbre de l'Église Unie, un des proches peut être invité à parler du défunt. Dans tous les cas, un moment des funérailles sera consacré au rappel de la vie du disparu par le pasteur. Ce rappel ne constitue ni un éloge, ni un blâme : c'est pour le pasteur l'occasion de rendre hommage au défunt en faisant ressortir, à partir de ce qu'il connaît de sa vie, le sens de son passage sur Terre. Ce témoignage ne doit pas être confondu avec la prédication, qui a pour objet de rappeler la parole de l'Évangile selon laquelle Dieu prodigue son amour à l'humanité entière, incluant les vivants et les morts.

La cérémonie de mise en terre
Que le cercueil soit inhumé ou qu'il y ait incinération, que la mise en terre soit immédiate ou différée, le pasteur est présent au cimetière où il procède à la lecture de textes bibliques. Une fois l'urne cinéraire ou le cercueil descendu dans la fosse, il répand une poignée de terre dessus et il peut inviter les autres à en faire autant : c'est une façon de souligner la réalité du décès. Comme symbole de la séparation des proches avec le corps du défunt, de même que comme symbole d'achèvement du processus d'accompagnement de l'être cher, la cérémonie de mise en terre est considérée comme le point final - et essentiel - du service funèbre : les officiants sont même invités par l'Église à en discuter avec la famille au moment où celle-ci prend ses dispositions pour les funérailles.

Le choix d'inhumer le corps ou de l'incinérer n'est nullement influencé par l'Église qui ne formule aucune recommandation à ce sujet. Dans le cas où l'option retenue est l'incinération, les fidèles sont toutefois encouragés à porter l'urne en terre ou à en disposer dans un columbarium plutôt que de la conserver. On observe que l'incinération est surtout privilégiée par les plus démunis vivant en milieu urbain. Entre les différents modes de disposition, et sans suggestion particulière de l'Église, on constate que la majorité des fidèles de l'Église Unie perpétuent la tradition de l'inhumation en terre.

Le soutien du pasteur après les cérémonies
La tradition d'une réunion où des rafraîchissements sont offerts par des proches ou par la famille, immédiatement après les funérailles et la cérémonie de mise en terre, contribue au réconfort des proches et les aide dans le cheminement du deuil. Pour ces raisons, le pasteur, qui est généralement invité à s'y joindre, fera tout en son pouvoir pour y assister. Dans le même esprit, il visitera les personnes en deuil dans les semaines qui suivent le décès. À la demande de la famille, il pourra également, dans le cadre des cérémonies régulières du dimanche, souligner l'anniversaire du décès en honorant le disparu et en réconfortant à nouveau les endeuillés.

Par Huguette Giard (1996).
Source: Rév. John Matheson, Directeur, Service de la pastorale, Centre hospitalier Douglas.